Abandon de lecture

Esther prit sa douche avant de se coucher ce soir là. J’avais passé une journée exténuante parachevée par une séance de sport acharnée. Je m’étais fait une raison pour la bagatelle. Bien sûr, elle s’était pourtant couchée en nuisette de coton et manifestement ne portait pas de culotte. Mais la lecture de ce roman américain me maintenait dans un état de concentration propre à ne pas me faire d’illusion… Ce n’est qu’en abandonnant ma lecture un peu plus tard, glissant ma main sous sa nuisette entre ses cuisses, en tout bien tout honneur, que la nuit révéla son potentiel érotique.

Matin blême

La journée commença de manière totalement décousue. Ma cheville brisée quelques années auparavant ne répondait plus au réveil. Je m’entravais dans les toilettes, me pissant dessus et par la même occasion sur la lunette des chiottes.

Comme si cela ne suffisait pas, je m’envoyais dans la foulée un éclat de souffre dans l’œil en craquant une allumette pour raviver le feu de la nuit dans le poêle. Cette journée semblait mal partie… Peu à peu, un semblant de normalité enveloppait pourtant ce début de matinée bizarre. Je reconstituais ma cheville, rassemblais peu à peu mes esprits et semblait prêt pour une journée de travail vissé sur mon fauteuil face à l’écran d’ordinateur.

Actualité morose…

Ulcéré cet après-midi par l’actualité du jour. Prendre la parole, commenter ? Cela implique une forme de hiérarchie dans ce qui devient une expression raisonnable à partir d’une émotion.  La mort en direct de deux journalistes est forcément plus sidérante que tout autre situation, mais elle ne peut effacer la réalité du monde, des centaines, des milliers de morts quotidiens : Virginie, Somme, Perpignan, Entre Rios, Méditerranée, Syrie, …

Dans le même temps sont découverts dans la cale d’un bateau les corps de dizaines de migrants, une horreur absolue qui reste hors de portée de nos yeux et de nos émotions instantanées, pendant que nous découvrons les rictus de peur et peut-être déjà de douleur de personnes qui vont mourir à l’autre bout de la planète quelques secondes plus tard. Cette proximité, cette promiscuité avec la mort nous touche de manière totalement irrationnelle, de la même manière qu’être le témoin d’un grave accident de la route nous bouleverse.

Ceci rejoint l’analyse de l’information qui tend à montrer que nous sommes dans un flux continu qui ne cesse de nous abreuver dans un flot d’instantanéité. une instantanéité que nous cherchons, par les médias, radio, télé, web, mais que nous finissons par subir, devenant les otages d’un système qui s’auto-nourrit : nous cherchons l’information, les médiateurs de l’information ont besoin de notre présence au bout du tuyau pour exister, c’est un donnant donnant qui finit par nous noyer, pris dans la nasse, sans réel recul parfois, face à des médias qui eux mêmes manquent parfois de recul et de décence par rapport à la diffusion de l’information et de la forme de cette diffusion.

Sans parler des acteurs à la source de l’information qui de plus en plus utilisent les médias pour diffuser leurs propres messages sans que les médias ne prennent la distance suffisante : comme la diffusion des images de la destruction de la cité antique de Palmyre par des organes comme le Figaro, qui deviennent involontairement complices des terroristes de Daech.

En tout état de cause, l’horreur est omniprésente et me submerge un peu par ce bel après-midi d’août.

Barcelone, Sagrada Familia

Mémoire floue. Avoir 20 ans et vivre dans la ville des prodiges comme dans un rêve. Se souvenir des arrivées nocturnes dans la gare souterraine du Paseo de Gracia, ou à Sants, des taxis jaunes et noirs, des autobus rouges et blancs, des nuées de scooters parqués aux angles des blocs hexagonaux de l’Eixample.

Je me souviens de l’hiver barcelonais, cette année là sec et froid. Je me souviens de la mélancolie des dimanches après-midi, plus tout à fait touriste, pas encore habitant. La ville ronronnait dans sa couette de brume légère, le soleil transperçait les dentelles de béton de la Sagrada Familia tandis que Montjuich et Tibidabo veillaient. il m’arrive parfois de me demander si je n’ai pas de cette ville que des souvenirs en noir & blanc.

La conversation

Dix années s’étaient écoulées depuis notre séparation. Nous marchions sur le Paseo de ce petit village espagnol à la recherche de la fraicheur du soir. Nous n’avions alors pas grand chose à nous dire. Peut-être parce que nous avions épuisé la conversation tout au long de cet après-midi de mai inattendu.